10/06/2009
Des eurodéputés pas comme les autres
Les portes du Parlement européen s'ouvrent à nouveau à quelques personnalités peu ou prou originales. Les sièges de l'hémicycle en ont connu du beau monde : la chanteuse grecque Nana Mouskouri, le coureur automobile finlandais Ari Vatanen, les stars du petit écran Frédérique Ries, Dirk Sterckx, Ivo Belet et maintenant Anne Delvaux pour la Belgique, Jana Bobosikova pour la République tchèque, Jean-Marie Cavada pour la France ou encore Lili Gruber pour l'Italie.
Une nouvelle belle brochette de candidats a été élue la semaine dernière. Petit tour d'horizon.
Eva Joly (France)
François Bayrou rêvait de l’attirer au Modem. C’est cependant son "meilleur ennemi" Daniel Cohn-Bendit qui est parvenu à recruter Eva Joly sur les listes d’Europe-Ecologie. Mouvement qui offrait, certes, à la Franco-Norvégienne (née Gro Farseth) de meilleures chances d’être élue, mais dont, avant tout, elle partage les préoccupations: défense de l’environnement, partage des richesses entre le Nord et le Sud, volonté farouche de moraliser la finance internationale. Et dans ce dernier domaine, l’ex-juge d’instruction au pôle financier du Palais de justice de Paris en connaît un rayon. Dans les années 90, elle instruisit l’affaire Elf, qui valut un séjour à l’ombre au patron de la compagnie pétrolière Loïc Le Floch-Prigent et provoqua la fin abrupte de la carrière politique de Roland Dumas. Sa pugnacité a suscité l’admiration, ses méthodes peu orthodoxes lui ont attiré de solides inimitiés. Lasse des menaces et des pressions, l’Européenne de l’année 2002 retourna un temps en Norvège, comme conseillère du gouvernement. Créatrice du réseau Network contre le blanchiment d’argent, Eva Joly arrive au Parlement au moment précis où l’UE entend mieux superviser et réguler les marchés financiers.
Alfreds Rubiks (Lettonie)
"Voilà où a conduit la perestroïka !" Premier secrétaire du Parti communiste letton depuis trois mois, Alfreds Rubiks tempête en ce jour de juillet 1990, profitant du 28e congrès du PC d’Union soviétique pour accuser le Comité central d’être resté "inactif" face aux velléités indépendantistes de sa république. "Résultat: le régime soviétique en Lettonie a été progressivement remplacé par un régime bourgeois revenu à la constitution lettonne de 1922." A l’époque, alors que les indépendantistes tentent de se libérer de la domination soviétique, Alfreds Rubiks soutient les opérations des forces spéciales, et notamment l’attaque du ministère de l’Intérieur qui fait cinq morts le 20 janvier 1991. Le premier secrétaire du PC est arrêté en août pour avoir dirigé un putsch contre le gouvernement d’Ivars Godmanis et condamné en 1995 à huit ans de prison pour haute trahison. Il sera libéré pour bonne conduite en 1997. Tête de liste aux élections européennes pour le Centre Harmonie, coalition de partis représentant principalement la minorité russe, Alfreds Rubiks, 74 ans, vient d’être élu au Parlement européen. Il y retrouvera Ivars Godmanis, celui qu’il avait tenté de renverser il y a près de 18 ans.
Christian Engström (Suède)
Abordage réussi pour Christian Engström. Il est le premier "pirate" à faire son entrée au Parlement européen. Ce Suédois de 49 ans est le vice-président du parti Piratpartiet (PP) ou Parti des Pirates. Une formation qui a pour but de défendre les libertés de navigation… sur le Net. Informaticien, Christian Engström se bat pour "un Internet libre, sans aucune licence, dans une société ouverte". Son objectif: assouplir la loi sur les droits d’auteur, abolir les brevets ou encore protéger la vie privée et les libertés individuelles. Dimanche soir, il a remporté un succès inattendu. La liste qu’il a menée a recueilli 200000 votes en Suède, soit environ 7, 1% des voix, atteignant 19% chez les moins de 30 ans. Christian Engström a rejoint le parti des Pirates dès sa création en 2006. Au départ, pas vraiment pris au sérieux, ce groupe politique atypique a connu un véritable décollage en avril dernier avec la condamnation des fondateurs du site de téléchargement The Pirate Bay. Initiateur d’un véritable mouvement international, le parti suédois a fait une vingtaine d’émules dans le monde. Son équivalent allemand s’est aussi présenté aux élections (sans toutefois remporter de sièges).
Elena Basescu (Roumanie)
Dans la famille Basescu, je demande la fille cadette. Elena, la progéniture du Président roumain, a "choisi de faire le chemin jusqu’à Strasbourg à pied, tandis que les candidats des partis s’y rendront en avion". Si la candidate indépendante a battu la campagne en solo – sous la bannière "EBA" pour Elena Basescu –, c’est toutefois plus par la force des choses que par choix. Parce que les intellectuels et une partie des médias se sont opposés à sa place sur la liste du Parti démocrate libéral de son père. Plus connue pour ses jambes effilées, ses gaffes sémantiques et ses virées nocturnes que pour son diplôme d’économie, la jeune femme de 29 ans affronte les accusations de népotisme et d’incompétence depuis son entrée en politique. "La presse m’a fait une image de personne inculte, mais j’ai montré durant cette campagne que je valais mieux que cela", clame-t-elle. Aujourd’hui, papa est aussi surpris que fier des 200 000 voix recueillies par sa fille. "Sincèrement, je ne m’attendais pas à ce score, je lui ai toujours dit que (sa candidature) ne serait qu’un exercice." Ses preuves électorales faites, l’ex-mannequin espère pouvoir retrouver le bercail démocrate.
Mitro Repo (Finlande)
Se porter candidat aux élections européennes lui a valu son job. Mitro Repo, prêtre orthodoxe, a été suspendu par son Eglise pour s'être présenté aux élections européennes. Interdiction pour lui de célébrer des offices religieux ou de porter sa soutane, sa croix ou tout autre symbole pendant la durée de sa campagne et de son mandat. "Un prêtre est, comme son modèle, le serviteur de tous et ne peut donc pas représenter un groupe particulier de la société", a estimé l'Eglise. Candidat sous l'étiquette des sociaux-démocrates, il a rassemblé sous son nom pas moins de 71 500 votes de préréfences, lui permettant d'occuper un des deux sièges obtenus par le principal parti d'opposition finlandais. "Honnêtement, cette (popularité) a été en partie une surprise pour moi", a déclaré le prêtre à la télévision publique YLE. Pourtant, le père Mitro est bien connu : il passe régulièrement dans les médias où son sens de l'humour fait des ravages.
Gigi Becali (Roumanie)
Siégera ? Siégera pas ? Non que le patron du club de football Steaua Bucarest ait particulièrement envie de laisser sa place à un suppléant. Mais l'élu d'extrême droite est interdit de quitter le territoire par un tribunal de Bucarest depuis mardi. Inculpé pour "séquestration", Gigi Becali avait été arrêté le 3 avril pour 29 jours, avant d'être relâché sous contrôle judiciaire deux semaines plus tard. Sa mise en liberté avait notamment été assortie de l'interdiction de quitter Bucarest, élargie au pays durant la campagne, et reconduite mardi. Le patron du Steaua est accusé d'avoir séquestré durant plusieurs heures trois hommes soupçonnés d'avoir volé sa voiture. Il n'en est pas à son coup d'essai : il est également inculpé pour une affaire de corruption liée au Championnat national de football. Sa victoire a soulevé des questions dans les médias sur l'immunité dont il bénéficierait en tant qu'eurodéputé.
D'autres ont eu moins de chance.
Alexander Tomov, célèbre prévenu bulgare, n'a pas été élu, lui. Sofia, critiquée par Bruxelles pour son manque d'efficacité dans son combat contre la criminalité organisée, accorde une immunité à tous les candidats et les élus. Ainsi, un tribunal de Sofia a-t-il interrompu la semaine dernière les poursuites contre cet ancien patron des aciéries de Kremikovtzi, acculées à la faillite sous sa direction, et du club de foot CSKA Sofia.Il était accusé d'avoir détourné l'équivalent de 18 millions d'euros.
Dans un autre genre, le petit-fils du dernier roi d'Italie, Emmanuel-Philibert de Savoie, revenu d'exil en 2002, n'a pas été plébiscité non plus. Il se présentait en tête de liste de l'Union démocrate-chrétienne dans le nord-ouest de l'Italie. En revanche, 70 % des téléspectateurs de l'émission "Ballando con le stelle" (l'adaptation italienne de "Dancing with the Stars"), sur Rai Uno, l'ont sacré roi de la rumba, du cha-cha-cha et du merengue, le 21 mars dernier.
José Saramago, prix Nobel de littérature 1998 n'a pas non plus été élu eu Portugal. Mais, à 86 ans, il se présentait en position non éligible sur une liste très à gauche. Celui qui se décrit comme un "communiste hormonal" aurait été le doyen du Parlement s'il avait pu devenir eurodéputé. Rien à voir avec le doyen actuel, Jean-Marie Le Pen....
S.Vt., OleB et CD
16:07 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : parlement, élections





Commentaires
Vous avez oublié MARTA ANDREASEN, qui avait été engagée au début de ce siècle par la Commission Européenne comme directrice générale du controle financier, poste sensible s'il en est. Mme Andreasen fut confrontée à l'absence de comptabilité correctement tenue à la commission et refusa de donner décharge et d'approuver les comptes de la commission. Il s'ensuivit un conflit à la fin duquel Mme Andreasen ne fut pas nommée à l'issue de sa période de stage.
Je pense que ça va faire des étincelles à la CoCoBu du PE !
Ecrit par : snif | 14/06/2009
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